Billets

Délivrez-nous du mal

  • Québec
  • 1969
  • 82 mins
  • 16mm
  • Français
Version restaurée 4K - projection gratuite
En présence du réalisateur et scénariste Jean-Claude Lord.

Commandité par Éléphant : mémoire du cinéma québécois


Délivrez-nous du mal from Festival Fantasia on Vimeo.


« J’ai réalisé mon premier long métrage à 22 ans en 1965. Pierre Patry et Jean Roy, qui avaient fondé la compagnie “Coopératio” ont décidé de me donner ma chance après avoir travaillé avec eux comme premier assistant sur trois longs métrages dont TROUBLE-FÊTE d’après une idée originale que je leur avais soumise en 1963. J’avais connu Yvon Deschamps qui tenait un petit rôle dans TROUBLE-FÊTE et Claude Jasmin, le romancier à l’origine du film LA CORDE AU COU réalisé par Pierre Patry, mon mentor. J’avais lu “Délivrez-nous du mal” (Claude Jasmin) qui traitait d’une relation homosexuelle latente. Sujet qui m’avait interpelé. Il faut se rappeler qu’à l’époque l’homosexualité était considérée comme une maladie “criminelle”. Tourné sans argent avec une bande de techniciens issus des rangs amateurs comme moi, nous apprenions notre métier sur le tas. Il n’existait à ce moment-là aucune école de cinéma au Québec. Nous apprenions tous sur le tard, parfois à la dure, mais toujours avec passion. » - Jean-Claude Lord

André (Yvon Deschamps) et sa sœur Lucille (Catherine Bégin) sont issus d’une famille aisée. Les deux semblent attachés à Georges (Guy Godin), un être charismatique, exubérant, charmeur et égocentrique. Un homme vicieux qui déteste sa vie et semble prendre plaisir à manipuler les autres dans de sordides jeux pervers. Lucille a d’ailleurs déjà formé un couple avec Georges. André et Georges, tous deux dans la jeune trentaine, partagent des activités en toute amitié. Georges semble prendre plaisir à humilier et tyranniser André, qui accepte tous les coups sans rien dire. Nous savons que les deux hommes ont déjà passé des vacances ensemble, mais lorsqu’André propose cette fois à Georges des vacances d’hiver, celui-ci l’humilie devant sa sœur Lucille et les employés du bureau pour lequel elle travaille. Finalement, ils quittent quand même la ville ensemble pour un séjour dans les Laurentides. Séjour qui évidemment tournera très mal. Georges drague des femmes, boit à en perdre le contrôle et parle constamment de suicide, mais ne pose aucun geste à cet effet. André, lui, tente véritablement de se suicider, mais n’en trouve pas le courage. Georges pousse tellement André à bout que ce dernier jure de le tuer.

Jean-Claude Lord a toujours voulu faire du cinéma, diriger des acteurs, divertir les foules tout en adressant des questions sociales ou politiques. Tourné en l’espace d’un mois en 1965 à Montréal, Sainte-Agathe et Sainte-Adèle, DÉLIVREZ-NOUS DU MAL se distingue clairement des autres films que réalisera Lord dans les années 70. L’utilisation du noir et blanc, et les éclairages naturalistes du directeur photo Claude Charron ne sont pas sans rappeler une certaine nouvelle vague. La magnifique musique jazzy de François Dompierre évoque quant à elle des films comme ANATOMY OF A MURDER, ASCENSEUR POUR L’ÉCHAFAUD ou DES FEMMES DISPARAISSENT. Le film de Lord, tout comme le roman de Jasmin, était très controversé puisque les deux traitaient de thèmes comme l’homosexualité, la cruauté, l’alcoolisme et la dépression et il faut rappeler que ce n’est qu’en 1969 que le gouvernement Trudeau réforme le Code criminel du Canada et décriminalise les actes homosexuels en présentant le bill omnibus. Bien que tourné en 1965, le film ne sera lancé qu’en 1969 dans la foulée du succès du film VALÉRIE. DÉLIVREZ-NOUS DU MAL ne trouva pas son public et il faudra attendre 1972 pour que Jean-Claude Lord revienne derrière la caméra.

— Marc Lamothe

Sponsors