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I, Olga Hepnarova ("Já, Olga Hepnarová")

Première Nord-Américaine
Sélection officielle : Festival du film de Berlin 2016, Festival international du film de Vilnius 2016

“Fearsomely tough-minded… a still-topical case study of extreme trauma yielded by adolescent bullying and parental neglect” – Guy Lodge, VARIETY


« Je suis une solitaire. Une femme brisée. Une femme que les gens ont anéantie… J’ai un choix à faire – me tuer, ou tuer les autres. Je choisis la vengeance sur ceux qui m’ont haïe. Il serait trop facile de quitter ce monde cruel comme une suicidée parmi tant d’autres suicidées anonymes. La société est trop indifférente et elle a raison de l’être. Voici donc mon verdict : Moi, Olga Hepnarová, la victime de votre bestialité, je vous condamne à mort. »

Après avoir écrit ces mots le 10 juillet 1973, Olga Hepnarová, âgée de 22 ans, fonçait au volant d’un camion dans un groupe de 25 étrangers dont plusieurs perdirent la vie. Cet événement marqua le début de la fin d’une jeune existence solitaire vécue dans la rage et l’aliénation. Désespérément malheureuse depuis sa plus tendre enfance, victime de négligence dans une famille dysfonctionnelle, incapable de se créer des liens sociaux, Olga tenta de mettre fin à ses jours pour la première fois à l’âge de 13 ans, et fut ensuite internée dans un hôpital psychiatrique. Elle eut des aventures avec d’autres filles durant l’adolescence, sans toutefois arriver vraiment à établir de relation durable avec aucune de ses amantes. On se moquait d’elle régulièrement. Souffrant d’anxiété puis de dépression chronique, elle décida un jour qu’elle ne pouvait plus supporter de vivre. Ayant perpétré son crime de manière aussi publique et préméditée, Olga peut être considérée en quelque sorte comme l’une des premières militantes anti-intimidation — malgré l’inexcusable carnage dont elle se rendit coupable. Le 12 mars 1975, Olga Hepnarová avait de nouveau rendez-vous avec l’histoire : elle fut la toute dernière femme à être exécutée en Tchécoslovaquie. Le récit de sa vie vous hantera jusqu’au tréfonds de votre âme.

Tourné en noir et blanc monochromatique et dépourvu de trame sonore, I, OLGA HEPNAROVÁ est un film coup de poing, époustouflante réussite pour les nouveaux réalisateurs Petr Kazda et Tomas Weinreb. Une étoile montante du cinéma est-européen, Michalina Olszanska, que l’on peut également voir cette année en vedette dans l’incroyable LURE, livre une performance inégalée dans le rôle d’Olga. La majorité de la narration en voix hors champ est tirée directement des lettres et autres notes d’Hepnarová. Les réalisateurs et coscénaristes ont effectué des années de recherche, cela se sent. Jusqu’à tout récemment, Hepnarová demeurait un sujet tabou en République tchèque, à tel point que ce film miraculeux aurait été impensable il y a quelques années. La tragédie d’Olga n’a rien perdu de sa pertinence après 42 ans; que ce soit aujourd’hui ou dans la Tchécoslovaquie de l’ère soviétique, son avertissement adressé à un monde sans cœur reste le même. Universel et contemporain.

— Mitch Davis

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