Billets

L'Apparition

En 1971, Roger Cardinal crée littéralement l’événement avec la sortie d’APRÈS SKI. Les amateurs du film se souviendront du numéro où le regretté René Angélil expliquait à Pierre Labelle comment complimenter une femme pour la faire monter à sa chambre. Imaginez maintenant ce sketch en version longue durée. L’APPARITION (OU LA VIE TUMULTUEUSE DE ROSAIRE LATENDRESSE, APÔTRE DE L’HUMANITÉ SOUFFRANTE) est basé sur une idée d’Angélil et Labelle. Apparemment inspiré de l’une des premières apparitions de la Vierge au Québec à Saint-Bruno en 1968, le film situe son action à Saint-Amédée, un village à 40 minutes de Montréal. La petite Manon prétend avoir vu la Vierge dans un halo lumineux et avoir reçu d’elle un message d’espoir et de paix, en plus de la promesse qu’elle reviendrait bientôt. La nouvelle se répand rapidement et les gens affluent de partout pour rencontrer Manon et assister au retour de la Vierge. L’histoire suit notamment Jacques Cartier (Angélil), un réalisateur de reportages pour la télévision et son assistante (Katerine Mousseau); un millionnaire (René Caron) et son épouse frustrée; une jolie hippie (Claire Pimparé); un agent de recouvrement (Gilles Pellerin); et un groupe de religieux membres des Apôtres de l’humanité souffrante. Jacques Cartier utilise son statut de reporter télé pour attirer les femmes dans sa chambre (un thème récurrent!). Puisque Rosaire Latendresse (Labelle) des Apôtres a déjà étudié en cinéma, celui-ci devient non seulement l’assistant de Cartier sur les tournages, mais également son acolyte malgré lui dans ses expéditions à la conquête de femmes. De multiples quiproquos s’ensuivent, dont une altercation avec Roméo Pérusse en motard et une bataille impliquant Gilles Girard (des Classels) et un nain. Finalement, lorsque Manon fait une apparition publique et répond aux questions des journalistes, plusieurs des protagonistes ont un réel moment de lucidité.

Tenter de décrire ce troisième film de Roger Cardinal est comme essayer d’expliquer un feu d’artifice à un non voyant. C’est du joyeux n’importe quoi. Les gags se bousculent avec un tel abandon qu’on finit par succomber au charme de cette capsule de temps aux teintes de jaune, de vert et de brun, où la garde-robe de René Angélil nous laisse souvent pantois. Et que dire des accoutrements excentriques de Pierre Labelle, qui évoquent le personnage de Nestor! La franche camaraderie entre Angélil et Labelle, un duo rodé depuis les Baronets, est palpable. Vous l’aurez compris, L’APPARITION est une suite de sketchs comiques avant tout, mais la présence de nombreux vétérans et vedettes de l’époque qui se succèdent à l’écran ajoute un intérêt psychotronique à l’aventure. Vous avez rendez-vous avec Jean Coutu (dans le rôle de Ti-Mé), Guy L’Écuyer, Rose « La Poune » Ouellette, Manda Parent, Paul Berval, Claude Michaud, Céline Lomez, Guilda, Johnny Farago, Francine Grimaldi, Ti-Blanc Richard et Claude Poirier. Ajoutez à cela une musique d’ascenseur ponctuée de pouet-pouet et autres bruits rigolos signée Pierre Nolès, et vous aurez une idée de ce qui vous attend. Jamais distribué en VHS ou en format numérique et rarement diffusé, voici un bien étrange « devoir de mémoire » qui vous est ici proposé.

— Marc Lamothe

Sponsors