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Tough

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TOUGH relate l'enfance difficile de Johnny Banks, sa relation tendue avec ses parents et son professeur blanc, monsieur Bishop, ainsi que sa chute graduelle vers la délinquance qui risque de le mener directement dans un centre correctionnel. Johnny vit dans un quartier multiethnique de Los Angeles avec sa mère, une actrice en recherche d’emploi, et son beau-père. Alors que la mère se désaffectionne d’un fils qu’elle ne comprend pas, celle-ci passe son temps à le gronder ou à se disputer avec son conjoint. Un jour, le garçon surprend sa mère aux bras d’un autre homme, un homme blanc de surcroît. Les tensions s’accentuent alors et Johnny se rebelle contre toute forme d’autorité. Déchiré entre son désarroi face à son environnement, l’intransigeance de son enseignant, les violentes disputes entre ses parents et le rejet de sa mère, le film décrit la fuite en avant de l'adolescent et le mécanisme insidieux menant directement ce dernier vers la criminalité. Johnny fume, ment, vole, néglige ses études, sèche ses cours et va jusqu’à attaquer un vieil homme à coups de bâton pour lui dérober son argent…

Le premier long métrage réalisé pas Horace Jackson est une transposition du film LES 400 COUPS de François Truffaut dans un univers afro-américain. Tout comme Truffaut, Jackson nous présente l’adolescence non pas sous le prisme de la nostalgie, mais plutôt comme un mauvais moment à passer. Comme Antoine Doinel, Johnny Banks est confronté à l’incompréhension des adultes et est dépeint non pas comme un mauvais garçon, mais plutôt comme un jeune homme attachant en manque d’encadrement et de repères. Plusieurs scènes étonnent, notamment la cavale de Johnny poursuivi par la police après un vol à l’étalage ainsi que la finale tout à fait imprévisible. D’autres scènes sont particulièrement mémorables, dont celle où deux adolescentes noires corrigent un prédateur sexuel blanc dans une toilette publique et surtout celle où Johnny accourt pour sauver la vie de son meilleur ami alors qu’il est persuadé qu’un groupe de jeunes désirent le pendre. Bénéficiant de moyens visiblement modestes, Horace Jackson livre un film intimiste aussi sensible que brut. Le film comporte de nombreuses maladresses, mais celles-ci accentuent le côté sordide du milieu et injectent au film un sentiment naturaliste particulier. Bien que réalisée durant la vague de la Blaxploitation, l’œuvre d’Horace Jackson tient davantage du néo-réalisme, se préoccupant avant tout de la portée sociale de son propos. Le film n’ayant jamais été distribué en DVD, nous sommes très fiers de vous présenter cette rare copie 35 mm.

— Marc Lamothe

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