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Dr. Jekyll et les femmes ("Dr. Jekyll and his Women")

  • France
  • 1981
  • 92 mins
  • 35mm
  • Français

JEKYLL se déroule dans l’espace d’une seule nuit, durant laquelle est tenu un diner célébrant les fiançailles de Henry Jekyll (Udo Kier) et Fanny Osborne (Marina Pierro, collaboratrice habituée de Borowczyk ayant aussi joué dans LA MORTE VIVANTE de Jean Rollin). Un lourd échange philosophique prend place à table entre le Dr. Jekyll et l’un de ses collègues docteurs (l’icône « Eurotrash » Howard Vernon) et quand les invités se retirent après le diner, le mystérieux M. Hyde apparaît et offense la maisonnée avec une série de viols, de sodomies et de meurtres – utilisant comme arme de choix un pénis géant. Fanny reçoit une note de son fiancé lui conseillant de l’éviter jusqu’à ce qu’il la contacte, mais elle se cache dans son laboratoire et est témoin de la transformation du Dr. Jekyll, immergé dans un bain de liquide rouge, en diabolique M. Hyde. À la grande surprise de ce dernier, elle plonge dans le bain et se couvre de la potion mutante afin d’accompagner son homme dans sa folie destructrice.

Parmi les auteurs négligés du fantastique européen, Walerian Borowczyk était connu pour ses étranges contes érotiques qui attribuaient aux femmes une sensualité dévorante et insatiable, ses plus connus étant CONTES IMMORAUX (1974) et LA BÊTE (1975). Déjà à la sortie de JEKYLL, Borowczyk avait été mis de côté par des critiques sérieux le considérant comme un simple pornographe, même si parmi ses propres œuvres JEKYLL est plutôt sobre à cet égard.C’est par ailleurs son œuvre se rapprochant le plus d’un véritable film d’horreur. Le film est porté par Jekyll et son alter égo bien membré, mais c’est bien Miss Osbourne qui nous surprend tous dans le dernier acte, trahissant son apparente modestie en sautant dans le bain de Jekyll – sachant parfaitement bien quel en sera le résultat. Ce couple ruisselant, maniaque et insatiable se déchaine dans la maisonnée bourgeoise, massacrant tout sur leur passage. Pierro incarne si parfaitement la naïveté immaculée de son personnage que sa transformation paraît d’autant plus brutale et violente. La plupart des films de Borowczyk traitent de répression sociale et sexuelle (ainsi que de leur décomposition inévitable), mais la combinaison de l’atmosphère éthérée et ésotérique de ses films précédents ― tels que BLANCHE (1972) and LES JEUX DES ANGES (1965) ― avec l’accessibilité du classique de l’horreur du romancier Robert Louis Stevenson place véritablement le JEKYLL de Borowczyk dans une classe à part.

— Kier-La Janisse

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