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Possession

“Out-there, surreal, overwrought, hysterical and Kafkaesque... an astounding, jaw-dropping feat of furious beauty” — Staci Layne Wilson, SCI-FI WEEKLY

POSSESSION débute avec le retour de Marc (Sam Neill) après un long voyage de travail, pour découvrir que sa femme Anna (Isabelle Adjani) le trompe, en plus de négliger leur jeune fils Bob. Toutefois, la vie amoureuse extra-maritale d’Anna n’inclut pas seulement l’étrange et mystique Heinrich (Heinz Bennent), mais aussi une véritable monstruosité qu’elle garde enfermée dans un appartement secret à l’autre bout de la ville, depuis qu’elle lui ait donné naissance dans le fameux « moment impossible » du film, soit « la scène du métro ». Dans cette séquence stupéfiante qui a fortement divisé le public, Anna à la fois rit, hurle, mugit, vomit, se contorsionne, se débat, s’affale et s’écroule, dans un excès émotionnel éhonté. Il n’en reste pas moins que, malgré ses cris incessants et son expression trouble, Anna est incapable de communiquer ses émotions ou de se connecter au monde qui l’entoure.

POSSESSION est un film qui confondit les critiques du monde entier à sa sortie. Tandis qu’il était célébré à Cannes et aux Césars en France, il a été dénigré aux États-Unis suite aux remontage bâclé visant à rendre le film plus linéaire et ainsi plus « accessible ». Il a fallut attendre la parution tardive du « director’s cut » en format DVD avant que le film ne reçoive une sérieuse réévaluation durant la dernière décennie, ce qui a notamment engendré la première rétrospective nord-américaine en salles des films de Zulawski en 2012.

Largement inspiré par la véritable séparation entre Zulawski et son ex-femme Malgorzata Braunek (ainsi que par sa première femme Barbara Baranowska, qui a servi de modèle pour le personnage d’Anna), POSSESSION se déroule dans une étrange confluence de réalités privées et publiques, qui semble en quelque sorte parfaitement appropriée pour un couple subissant une transformation aussi majeure qu’une rupture. Chaque détail est exagéré, voire obscène; chaque action est hostile et sans tact. Dans la vraie vie, un couple ne laissera paraître que ce qu’il souhaite nous faire voir; mais dans le cas de Marc et Anna, leur rupture devient un spectacle apocalyptique. Un film logistiquement et émotionnellement accablant, conforté par des couleurs saturées, une trame musicale obscure signée Andrzej Korzynski, fréquent collaborateur de Zulawski, et la cinématographie mouvementée et déstabilisante de Bruno Nuytten, POSSESSION demeure l’un des exemples les plus achevés d’une femme perdant la raison au grand écran.

— Kier-La Janisse

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