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The Profound Desires of the Gods ("Kamigami no fukaki yokubo")

  • Japon
  • 1968
  • 172 mins
  • HD
  • Japonais
  • Anglais (sous-titres)

“A hair-raising, richly imagined epic, filthy with unforgettable images and, by its end, beautifully mysterious” – Michael Atkinson, BOSTON PHOENIX

À travers ce récit épique mêlant luxure, inceste, superstition, avarice et implacable progrès, Shohei Imamura fait une superbe critique du modernisme, tout en racontant la captivante histoire d’une famille de parias tentant de survivre dans l’environnement sauvage de l’île de Kurage. Menée par le patriarche Yamamori, la famille Futori craint les dieux tout en les défiant régulièrement. Nekichi, le fils rebelle, vit enchaîné dans une fosse, condamné aux travaux forcés pour ses crimes envers les dieux. Le fils de Nekichi essaie de s’intégrer à la population générale de l’île, effectuant divers petits boulots, mais est toujours sujet au dédain et à la dérision. Sa sœur déficiente intellectuellement s’offre à tous les hommes de l’île et Ume, la sœur de Nekichi mais possiblement aussi sa femme, est une prêtresse dont les pouvoirs divinatoires semblent s’affaiblir. Au milieu de tout cela arrive Kariya, un ingénieur envoyé de Tokyo pour localiser une source fiable d’eau douce afin de sauver l’industrie de canne à sucre de l’île. Kariya découvre bien vite que ses activités de forage se font saboter et qu’il commence à oublier depuis combien de temps il se trouve sur l’île. Bientôt, la communauté dirige sa haine vers les Futori, qui deviennent les seuls opposants à un projet de construction pour un nouvel aéroport. À peine refoulées depuis des générations, la rancœur et la peur atteignent le point de rupture et d’anciennes traditions insulaires sont invoquées pour justifier les horrifiantes conséquences.

Réalisé par Imamura entre une paire de pseudo-documentaires, PROFOUND DESIRES a nécessité 18 mois de tournage, destiné à être une sortie majeure pour les studios Nikkatsu. Ayant déçu à sa sortie (très peu vu en salles), cette production a néanmoins vu sa réputation croître jusqu’à devenir l’un des plus grandement respectés films japonais des années 1960. Cependant, de tels éloges tendent à masquer la pure puissance visuelle et émotionnelle de ce film qui, scène après scène, juxtapose la vie sauvage de l'île (crabes, serpents, insectes) et la bestiale famille Futori, dont les vols, l’inceste et l’adhésion à la superstition insulaire en ont fait des parias contemporains. Or, avant la fin de ce film fleuve (près de trois heures), les rôles sont renversés et ce sont les Futori, avec tous leurs défauts, qui méritent notre sympathie, alors que la modernité s’abat sur eux au nom de l’opportunisme, alors que la vérité et l’histoire se transforment en légende et en mensonges commodément relégués à l’oubli.

— Marc Walkow

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