SECTES, CLONES ET CONTROVERSE: L’AUTEUR FRANÇAIS MICHEL HOUELLEBECQ RÉALISE UN PREMIER LONG MÉTRAGE EXISTENTIEL LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE

23 juillet 2009 15:01:00

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Présenté à Fantasia dans le cadre de la série Vers les étoiles : cinéma de science-fiction cérébral, Michel Houellebecq (EXTENSION DU DOMAINE DE LA LUTTE; LES PARTICULES ÉLÉMENTAIRES), auteur français controversé, a réalisé une poignée de courts métrages (DÉSÉQUILIBRES (1982); LA RIVIÈRE (2001), mais LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE est son premier long métrage, basé sur son livre polémique de 2005 du même nom. Le roman de science-fiction existentiel alimenté à l’aliénation a autant de partisans que de détracteurs (un partisan célèbre étant Iggy Pop, qui a récemment sorti un album intitulé PRÉLIMINAIRES, inspiré du livre).

Le titre du livre provient d’un vers du poète, dramaturge et cinéaste espagnol Fernando Arrabal (VIVA LA MUERTE) – un important collaborateur de Alejandro Jodorowsky, Roland Topor et André Breton – et partage l’intérêt d’Arrabal pour l’imagerie religieuse apocalyptique (Arrabal fait également une brève apparition dans le film). En 2000, Houellebecq a écrit la nouvelle LANZAROTE, le premier signe de son intérêt grandissant pour la thématique de groupes religieux en marge de la société et de leaders de sectes. Et c’est ici que notre histoire débute.

Le film ouvre avec un gourou d’une religion obscure faisant du prosélytisme à une poignée d’auditeurs désintéressés (la seconde fois au festival cette année que Corinthiens 13:11 est utilisé dans un film, l’autre étant LOVE EXPOSURE de Sion Sono), ramassant de maigres dons pour financer son voyage à travers la campagne pour répandre son message. Son fils Daniel (Benoît Magimel, LA PIANISTE) est assis dehors à s’occuper de la collecte alors que son père – bientôt connu sous l’appellation ‘le prophète’ – sermonne à propos des possibilités infinies que nous avons en tant qu’humains – pour la communication, pour l’évolution spirituelle, pour la vie éternelle. Cependant, la vie éternelle – que l’on connaît seulement à travers la science-fiction ou les histoires de vampires – est toujours représentée comme une existence solitaire, bloquée physiquement et spirituellement, sans espoir de réelle communication.

Le gourou lui-même croit que Dieu est mort, que les gens n’ont rien en quoi croire. Cependant, nous ne pouvons nous rabattre sur la mort, nous attendons quelque chose qui pourra remplacer ce vide laissé par l’absence de Dieu. Pour cette secte – inspirée directement du mouvement Raëlien – ce sont des extra-terrestres et l’immortalité à travers le clonage.

Trois années plus tard, la secte s’est agrandie à 80,000 membres dans 64 pays. D’imposantes institutions sont dévouées au recrutement et à l’éducation des disciples. Un professeur, le concepteur scientifique en chef de la secte, enseigne sur la façon dont les humains vont évoluer au point d’être autosuffisants, vivants comment des plantes, se nourrissant que de soleil et d’eau. Bientôt, ils déménageront sur une île isolée pour se préparer aux étapes finales de leur transformation.

Daniel se rend sur l’île où son père, Patrick Bauchau en mode Jodorowsky, a dirigé sa secte, séparé du reste du monde, au cours des deux dernières années. De façon comique, une grande partie de l’île est dévouée à une station de vacances – la plupart des gens s’y rendent pour des formules de vacances tout compris ou pour des concours de beauté amateurs sur le bord de la piscine. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’île dans un regroupement de cavernes labyrinthiques, la secte grandit. Le concepteur scientifique en chef travaille d’arrache-pied sur une technologie avancée de clonage: chaque nouveau disciple a son cerveau enregistré dans un ordinateur géant, pour qu’après leur mort, il puisse être reprogrammé dans un nouvel organisme. Le prophète se meurt et après avoir eu une vision à propos de la fin du monde, il appelle Daniel à être son successeur.

Daniel hésite et doute. Malgré son manque de patience envers les inquiétudes spirituelles de son père, il croit également que la mort est reconnue comme un facteur de la condition humaine, mais qu’elle n’est pas nécessaire – en fait, elle n’est qu’un ‘problème technique’. Cependant, si le clonage réussi avec toute la mémoire intacte, comme échappent-ils à une condition humaine colorée par la peur de la mort? Peut-être que ce sera plus facile pour la prochaine génération, les enfants des clones qui n’auront aucune mémoire enracinée dans la mort.

La voix off explique: “L’humanité doit réaliser sa destinée violente en attendant la destruction finale”. Les paysages du film offrent des ruines magnifiques, des structures industrielles dilapidées supposant être les restants de la terre après l’apocalypse, que les clones, ou néo-humains, ont survécu. Comme le livre, la narration alterne entre les perspectives des différents personnages : Daniel et son clone, Néo-Daniel (dans le livre il y a deux clones – ce qui rappelle un autre film du festival de cette année, le film mélancolique japonais THE CLONE RETURNS HOME). Le clone de Daniel existe dans une bulle isolée après le monde – un répit, une caverne où il passera le reste de ses jours seul, lisant attentivement le journal intime de l’homme selon lequel il a été créé. Seule et primitive, l’imagerie rappelle la dernière scène de EL TOPO de Jodorowsky, mais il n’y aura pas d’accolades pour cette taupe lorsqu’elle sortira de son sombre trou.

- Kier-La Janisse

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