LA ’BLAXPOITATION’ RENCONTRE LE CINÉMA INDÉPENDANT FRANÇAIS DANS BLACK - l'acteur MC Jean Gab'1, le réalisateur Pierre Laffargue et la productrice Lauranne Bourrachot sont en ville !

22 juillet 2009 12:56:00

black.jpg

Black est un maître des hold-up d’origine sénégalaise qui se dirigeait vers un cambriolage funeste, lorsqu’un chaman africain interrompt sa mission et lui déclare qu’il est le porteur de l’esprit du lion. Puis, il lui prédit une nouvelle lutte au cœur de l’Afrique. Black l’ignore comme étant un fou dans la rue, surtout lorsque le cambriolage tourne affreusement mal et que ses partenaires se font abattre. Cependant, ses origines l’attirent à retourner au Sénégal sous la forme d’un travail facile; une immense quantité de diamants ont été déposés dans une banque sénégalaise avec peu de sécurité. Black et une équipe de fortune seront rapidement dans un avion en route vers son pays natal.

Le costaud rappeur français/camerounais MC Jean Gab’1 (BANLIEUE 13) interprète Black, son personnage est un unique mélange de dureté et d’enthousiasme enfantin qui convient parfaitement à la ré-imagination du genre du blaxploitation. Avec BLACK, l’énergie brute de classiques comme SHAFT (1971), SWEET SWEETBACK’S BADASSSS SONG (1971), THE SPOOK WHO SAT BY THE DOOR (1973) et COTTON COMES TO HARLEM (1970) est infusée avec la sophistication des films d’action français et une dose enivrante de mysticisme sénégalais pour créer un hybride fascinant, le tout sur une fougueuse trame sonore Afrobeat.

Le film rappelle plus spécifiquement SHAFT IN AFRICA (1973) et reflète les inquiétudes des films de blaxploitation originaux en termes d’autosuffisance que ces films provoquaient. Black a quitté le Sénégal pour Paris il y a plusieurs années, pensant que l’Afrique n’était que des paysages arides d’élevage de chèvres et de famine; pour un expert des vols de banque, c’est du petit change.

Cependant, les vraies richesses se trouvaient dans son propre pays tout ce temps. La division des classes en Afrique – des domaines privés, si opulents que s’en est gênant, qui semblent flotter au-dessus de terres imbibées de pauvreté désespérée, les riches blancs du film utilisent encore des personnes noires en tant que proie humaine pour des jeux de chasse pervers – et l’exploitation des abondantes ressources de l’Afrique par d’autres pays signale le besoin d’un héros d’origine africaine, un symbole d’autosuffisance et de revanche. Black est peut-être motivé par des buts capitalistiques pour son propre intérêt, mais avant la fin du film il aura adopté son totem et émergera avec de plus grandes ambitions en tête.

Il y a eu beaucoup de débats à propos de la période du blaxploitation, de la validité du terme blaxploitation lui-même – mais avec le bénéfice du recul, BLACK révèle les objectifs de la période – le pouvoir et l’autosuffisance des noirs, ainsi que la réalisation qu’il y a des ressources formidables dans sa propre culture qui peuvent être réappropriées pour être au service de ses propres communautés.

Le problème inhérent au boom du blaxploitation était que plusieurs réalisateurs étaient blancs et les acteurs noirs participant aux films étaient souvent dénoncés par la NAACP comme étant complices de leur propre exploitation. Il y avait tout de même plusieurs cinéastes noirs – Ossie Davis, Gordon Parks, Melvin van Peebles – et certains d’entre eux produisaient des films indépendants qui portaient sur des sujets moins sensationnels que des films comme SUPERFLY (1972) et SHAFT, des cinéastes comme l'acteur-devenu-cinéaste Fred Williamson furent critiqués pour avoir fait des westerns et des films de gangsters d’époque qui étaient vus comme des genres pour les blancs. Des critiques provenant de la communauté noire étaient divisés à savoir s’il était sain de dépendre des institutions blanches pour propager le message noir. Cependant, plusieurs des films adressent exactement cette question: dans THE SPOOK WHO SAT BY THE DOOR de Ivan Dixon, un nationaliste noir infiltre le CIA pour déclencher une guérilla. Black approche sa mission de façon similaire, armé d’un système de valeurs blanc – mais le délaissera éventuellement lorsqu’il réalisera que la réponse se trouve en lui-même.

Il s’est passé 40 ans depuis les débuts du boom de blaxploitation, et malgré que certains récents films comme ceux de Hughes Brothers (MENACE II SOCIETY [1993], AMERICAN PIMP [1999]) ou les films BARBERSHOP (2002-2004) portent toujours le flambeau en tant que homologues modernes, les sensibilités d’action française délirante de BLACK et leur façon d’embrasser la culture africaine - qui est simultanément familière et exotique pour notre protagoniste - fait de BLACK une entrée distincte dans le catalogue de ce type de cinéma.

-- Kier-La Janisse

-------------------

BLACK est présenté mercredi le 22 juillet à 19h00 au Hall Theatre, avec l’acteur MC Jean Gab’1, le réalisateur Pierre Laffargue et le producteur Lauranne Bourrachot en personne pour un Q+A après la projection.

Tous les détails incluant la description, des images, la bande-annonce, le site web officiel et plus sont à sur page du film ICI.

2009 Sponsors