Le clone errant : l’acharnement de la mémoire dans THE CLONE RETURNS HOME

14 juillet 2009 17:59:00

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Le nouveau volet de FANTASIA, Vers les étoiles : Cinéma de science-fiction cérébral, débute le mardi 14 juillet avec la projection de THE CLONE RETURNS HOME de Kanji Nakajima. Non sans rappeler le travail d’Andreï Tarkovski, cette odyssée est celle d’un voyage éclairé au coeur des douloureux souvenirs du clone d’un astronaute décédé.


Avec Win Wenders comme producteur exécutif, dont les films ainsi que d’autres qu’il a produits, tel que RADIO ON de Chris Petit, trouvent ici un écho, THE CLONE RETURNS HOME fait une utilisation magistrale du silence et du son et transmet une sensibilité toute japonaise du désir et de la mélancolie avec pour résultat un opus fantastique et pittoresque.


Encouragé par ses employeurs, Kohei, un astronaute, se laisse convaincre de posséder un clone, à la manière d’une assurance, s’il lui arrivait un accident ou qu’il mourait subitement. Les deux parties se rencontrent dans un énorme laboratoire gouvernemental, où se déploie un monde de béton, gris et anonyme, qui rappelle étrangement les premiers films de David Cronenberg STEREO et CRIMES OF THE FUTURE.


Sans consulter sa femme d’aucune façon, Kohei consent à se faire faire un clone et peu après, sa décision est mise à l’épreuve, puisqu’il meurt lors d’une mission dans l’espace. Dans une magnifique séquence où se mêlent rayons X, assemblage du squelette et régénération des tissus, le clone est prêt pour sa nouvelle vie.


Si la femme de Kohei n’est pas emballée par l’idée que son mari soit remplacé par un clone, elle est tout de même favorable à son dernier souhait. Malgré le fait que le clone possède le même ADN et qu’il soit virtuellement identique à Kohei, il ne se souvient absolument pas de son épouse. Au contraire, ses souvenirs semblent s’être figés sur un souvenir douloureux que l’original avait réussi à réprimer : à l’âge de huit ans, la noyade de son frère jumeau Noboru, causée, en partie, par sa propre négligence.


Un clone est-il identique à l’original ? Voilà le dilemme moral auquel fait face Kohei qui sait déjà que le premier ne peut se substituer au second. Enfant, afin d’apaiser le chagrin de sa mère, il avait prétendu avoir trouvé la mort dans la rivière à la place de son frère Noboru. Même si chaque jour il peut voir le visage de son frère dans le miroir, Kohei est parfaitement conscient du vide qui l’habite.


Et quand est-il de l’âme ? Si une telle chose existe, les clones n’en possèdent sûrement pas. Un controversé scientifique à l’oeuvre dans les entrailles du laboratoire gouvernemental afin de purger sa peine pour un étrange crime biologique commis des années plus tôt, croit en la « résonance », phénomène qui implique que l’âme est transférée du défunt au clone et qui ne serait pas étranger à la répression de certains souvenirs. Résultat, le clone est hanté par le défunt.


Alors que le clone prend vie, il est confus et torturé par un sentiment de culpabilité. Lui apparaissent alors, flottant dans les cieux, des visions de son « original ». Ces dernières, les « résonances », le guident hors du laboratoire afin de remonter à la source des souvenirs douloureux qui l’habitent. Ainsi, le clone de Kohei se retrouvera sur les lieux de l’accident qui a coûté la vie à son frère, mais à la place du corps Noboru, c’est le sien, en combinaison d’astronaute qu’il découvre. Découragé, il s’adresse à lui comme s’il était bel et bien son frère et portera sur son dos le fardeau de sa culpabilité.


Le laboratoire abandonne l’idée de retrouver la trace du clone de Kohei et décide d’en produire un second. Mais quand ce dernier se rend compte qu’il a un « jumeau », il part aussitôt à sa recherche. Après tout, il saura où trouver son prédécesseur puisqu’il possède lui aussi l’ADN de Kohei. Le film est ponctué de jumeaux, de doubles, de doublés et de clones ; personnages dont les images se reflètent constamment. Alors que le premier clone était différent de Kohei, le second diffère considérablement du premier.



Autant les clones que les scientifiques s’évertuent à découvrir ce qui forge l’identité humaine. D’avoir le même visage et d’être fait des mêmes composantes biologiques n’est pas suffisant, tout comme le fait de posséder les mêmes souvenirs n’est pas une garantie en soi. Parce que l’homme évolue en parallèle de ses souvenirs, il perd progressivement le lien qu'il a avec eux. Ils deviennent donc, plus des anecdotes que des expériences. Ce qui a permis au premier clone d’être unique, le fait qu’il puisse revivre la douloureuse expérience de la noyade et ainsi de comprendre à quel point son trauma était paralysant, a été de se rendre compte que de perdre son frère jumeau était comme de se perdre lui-même.



LA NUIT DES TRAQUEES de Jean Rollin, qui met en scène un groupe de personnes lors de recherches expérimentales, peut être mis en parallèle du film de Kanji Nakajima. Ce que les membres de ce groupe ont en commun est leur perte de mémoire complète s’ils n’ont pas l’objet de leur attention sous les yeux, ce qui interroge la possibilité d’un présent éternel ou d’une existence sans souvenirs. Une personne sans souvenirs est perçue comme vulnérable puisque c’est le passé qui forge la personne que nous sommes au présent. Notre personnalité est imprégnée de nos expériences et de ne pas avoir de passé, ou de ne pas être en mesure d’y accéder, c’est ne pas être humain tout à fait.



Ainsi, la mémoire est essentielle dans l’expérience collective d’être humain et ces personnages - les clones de THE CLONE RETURNS HOME ou les cobayes de LA NUIT DES TRAQUEES - sont les victimes des aléas de la mémoire, ce qui limite leur capacité à se rapprocher ou à se sentir en phase avec le monde qui les entoure. Le clone errant est la métaphore poignante de l’érosion émotionnelle du monde actuel.

- Kier-La Janisse (translation: Annabelle Moreau)

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13 h
J.A. De Sève


14 juillet 2009
21 h 30
J.A. De Sève


15 juillet 2009
17 h
J.A. De Sève


18 juillet 2009
18 h 30
Cinémathèque québécoise


Informations et bande-annonce, voir la page du film ICI






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