LA TROISIÈME POSSIBILITÉ: DROGUES, DÉMENCE ET DIVINITÉ DANS THE IMMACULATE CONCEPTION OF LITTLE DIZZLE

13 juillet 2009 16:04:00

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Produit par le programme Start-to-Finish du Northwest Film Forum, ce film est le premier long métrage de David Russo. Il est extrêmement malheureux que Russo n’est pu être présent en personne à sa première internationale, car le public de Fantasia va adorer ce film. Comme WRISTCUTTERS: A LOVE STORY présenté l’année dernière, c’est le film du festival qui se détache du lot avec son propre sous-genre qui ne peut être classifié et qui rend plus attrayant tout ce qui l’entoure, comme la découverte d’un ingrédient manquant.

Le film est établi dans une sous-culture du col-brun que l’on voit rarement au cinéma - à savoir, le service de conciergerie - que l’un des personnages sentimentalise comme étant un dérivé du sens littéral "guardians of the gateway". C’est un indice de la trajectoire surréelle qu’entreprendra le film, malgré le fait qu’à première vue l’ensemble des acteurs plutôt désagréables semble sorti de DC CAB, WAYDOWNTOWN de Gary Burns ou CLERKS avec des réflexions philosophiques remplaçant celles de culture pop. IMMACULATE CONCEPTION est un film étourdissant et les acteurs nous offrent la stabilité nécessaire pour permettre au public d’adopter l’univers bizarre de ce film.

Dory (Marshall Allman) est un technicien informatique qui pique une crise de nerfs à son travail de bureau et se retrouve conséquemment sans boulot - et ne pourra probablement pas s’en trouver un dans son domaine pour un certain temps. Dans son désespoir, il dépose une application pour une position à l’équipe de nuit chez une compagnie de conciergerie. Il se retrouve parmi un groupe tricoté serré d’individus asociaux mené par un sage hyperactif nommé OC (Vince Vieluf). Il ne fait que commencer à s’habituer à sa nouvelle vie de nettoyage de toilettes, que son monde est soudainement complètement secoué et viré à l’envers par de mystérieux biscuits. Vous m’avez bien lue - des biscuits.

Les biscuits en question ne sont pas tout à fait approuvés par la FDA américaine et contiennent un ingrédient expérimental qui leurs permettent de s’auto-chauffer. Il semble que cet ingrédient crée également une dépendance à ces biscuits. Une compagnie qui teste des produits dans le bâtiment (dirigée par Natasha Lyonne de SLUMS OF BEVERLY HILLS) a eu le mandat de contrôler les effets de cet ingrédient et ils sélectionnent l’équipe de conciergerie en tant que cobayes à leur insu. Alors qu’ils deviennent accros aux biscuits, ils commencent à ressentir des crampes et des inconforts intestinaux, des sautes d’humeur polarisées, des hallucinations (plusieurs d’entre elles animées de façon superbe par David Russo lui-même), puis le plus surprenant - une grossesse. Encore plus surprenant est le fait que ce ne sont que les hommes qui deviennent « enceints ». De plus, ils ne portent pas un bébé humain, mais une sorte de faune intestinale qui agit comme catalyseur au changement en « mère ». Pensez à POSSESSION de Zulawski sans tout le mauvais juju. Comme l’a dit Isabelle Adjani dans POSSESSION: "Je souffre, je crois, je suis, mais en même temps je sais qu’il y a une troisième possibilité comme le cancer ou la démence. Cependant, le cancer ou la démence déforme la réalité. La possibilité dont je parle perce la réalité." Alors que IMMACULATE CONCEPTION a la sensibilité lysergique d’un film de drogues, la troisième possibilité perce bien la réalité également : malgré les visions et les illusions, la grossesse elle-même n’est pas imaginaire. Comme dans POSSESSION, la troisième possibilité est la divinité.

Tout autant que le film adresse des concepts de divinité (le personnage principal Dory essaie toutes les religions, à la recherche de la spiritualité parfaite), il adresse également les sujets de réalité contre non-réalité (via les hallucinations), ainsi que la réalité privée contre la réalité publique. La réalité privée et la réalité publique s’embrouillent alors que les toilettes - un refuge privé pour la plupart des gens - deviennent leur réalité publique. Ainsi, le film présente énormément de « toilet humour », que ce soit la collection colorée des concierges de photos « d’explosions » (rappelant les explosions gastro-intestinales de STREET TRASH de Jim Muro et Roy Frumkes), ou l’exhibition d’art de type Duchamp de OC, qui inclut une fontaine construite à partir de désodorisants d’urinoir, des monticules de toilettes et des tours de papier - le tout payé par une subvention de $8500 dollars. Ce doit être l’attaque la plus facile du film - le monde des arts et ses corps de financement bercés d’illusions sont des cibles commodes de moqueries - mais il est clair que OC ressent une obligation de gaspiller l’argent de l’Établissement. Après tout, sa bande et lui sont tous des rejets asociaux d’une façon ou d’une autre, tous censés être invisibles dans le but de maintenir une certaine aisance d’une autre classe de personnes. Ils n’ont jamais été absorbés dans la grande machine, mais opèrent de l’extérieur avec toutes ces autres choses risquées comme la démence, les drogues, le mysticisme et la malléabilité des genres.

Mitch Davis avait tout bon lorsqu’il a écrit dans les notes du programme que IMMACULATE CONCEPTION pourrait très bien être le REPO MAN de notre génération. À savoir si le film aura une aussi longue vie sur les tablettes ou non est un autre sujet, mais THE IMMACULATE CONCEPTION OF LITTLE DIZZLE est un film tout aussi impossible à classifier. Le film traverse une multitude de sous-genres similaires: la sous-culture d’un emploi indésirable; une sensibilité punk; une substance dépendante; une organisation sinistre; une forme de vie extra-terrestre. Le cocktail parfait pour un film culte.

- Kier-La Janisse (translation: Emilie Christiansen)

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