12 juillet 2009 15:12:00

La célèbre nouvelle de Nikolai Gogol VIY est apparue pour la première fois
en 1835, inspirée librement d’une vieille légende ukrainienne à propos du
Français Saint John Cassian (ca. 360 - 435) - un moine qui a erré de façon
considérable à travers l’Europe et le Moyen-Orient avant de s’installer à
Marseille - mais son héritage demeure d’être l’une des histoires d’horreur
les plus répandues de la littérature. Il est facile de comprendre pourquoi
des communautés isolées de la Russie qui se partageaient ce type de récits
pouvaient avoir de la misère à s’endormir la nuit, génération après
génération, et l’attrait de l’exotisme du récit au public occidental est
tout aussi compréhensible.
L’histoire implique un groupe d’étudiants d’un monastère qui voyagent à
travers la campagne pour retourner à leur chez-soi pour les vacances de
Pâques. Alors que la nuit approche, ils sont fatigués et demandent à une
vieille dame pour un gîte et elle les héberge à contrecoeur - l’un dans une
penderie, l’un dans une hutte et le dernier dans une grange. Khoma,
l’étudiant qui deviendra le protagoniste principal de l’histoire, se
réveille au milieu de la nuit avec la vieille femme qui flotte au-dessus de
lui avec des yeux rougeoyants. Soudainement, elle bondit sur son dos et le
fait galoper dans la campagne comme un cheval, touchant à peine le sol,
alors qu’il crie des chants sacramentaux (il y a une séquence similaire dans
LE MAÏTRE ET MARGUERITE de Mikhaïl Boulgakov, célèbre comme étant
l’inspiration des Rolling Stones pour leur chanson ‘Sympathy for the
Devil’). Éventuellement, elle succombe et s’effondre sur le sol - s’étant
transformée en une belle jeune fille.
Khoma retourne au séminaire, tentant d’oublier tout ce qui s’est passé.
Cependant, un avis apparaît que la fille d’un riche cosaque - qui offre
régulièrement de l’aide financière au séminaire - est morte en ayant été battue
violemment et que son dernier souhait était qu’un jeune étudiant du
séminaire nommé Khoma vienne à son village pour veiller sur son cadavre pour
trois jours après sa mort. Les cosaques ont souvent raconté des histoires
sur la fille de cet homme riche - qu’elle était associée au diable, qu’elle
buvait du sang et qu’elle volait les cheveux des autre filles du village.
Ainsi débute les épreuves purgatoires de Khoma: pour trois nuits, il subira
des visites d’une terreur croissante de la part de la sorcière - ainsi que
d’autres démons, incluant Viy, un monstre si terrifiant que personne ne
peut le regarder et survivre.
La trilogie cinématographique de Mario Bava BLACK SUNDAY (1960), mettant en
vedette la déesse d’euro-horreur Barbara Steele dans le rôle de la sorcière
Asa, est librement inspirée de VIY (Bava se tournera vers l’un des
classiques de la littérature russe pour le segment 'Wurdulak' de BLACK
SABBATH (1964), inspiré de SEM'YA VURDALAKA de Tolstoy), mais ce ne sera pas
avant le VIY de Georgi
Kropachyov et Konstantin Yershov en 1967 que l’histoire obtiendra une adaptation
appropriée et fidèle. Le film de Kropachyov et Yershov est follement coloré
et fantastique, rempli d’étranges monstres bulbeux qui semblent sortis tout
droit d’un épisode de Sid et Marty Krofft, (LIDSVILLE, HR PUFNSTUF) ou
peut-être même les créatures de légendes japonaises dépeintes dans la série
YOKAI MONSTERS (1968-69). C’est un excellent exemple de cinématographie
fantastique de l’Europe de l’Est des années 60, ainsi qu’un visionnement
parfait pour des enfants avec une sensibilité morbide. En 2006, le film
russe THE WITCH (aka THE POWER OF FEAR) était supposé être une suite, puis
une autre production russe épique de VIY (visionnez un clip ICI) est
présentement en post-production.
La Corée du Sud n’est pas le premier pays auquel l’on pense lorsque l’on
considère les adaptations de VIY. De plus, pour un premier long métrage, le
réalisateur Park Jin-sung démontre un certain courage de s’attaquer à une
adaptation de l’une des plus célèbres nouvelles de l’histoire de la
littérature russe comme premier sujet. Cependant, de toutes les versions
existantes - et celles à venir - son EVIL SPIRIT: VIY pourrait se
distinguer comme l’un des plus unique.* *Dans chacune des histoires du
triptyque du film, une production de VIY - l’une cinématique, l’une étant
une production théâtrale minimaliste (similaire à DOGVILLE de Lars Von
Trier), et la dernière étant un spectacle de marionnettes typiquement
slovaques - est perturbée par des évènements supernaturels imitant le texte
en jeu. Les mêmes acteurs sont présents dans les trois histoires, ce qui
créé un effet de* *« doppelgänger » sinistre, ainsi qu’une amplification de
l’intensité des strates méta-cinématiques.
Malgré que ce soit loin d’une adaptation littérale de l’histoire de Gogol,
EVIL SPIRIT: VIY de Park Jin-sung est une permutation beaucoup plus
intéressante avec un mélange de « arthouse » et d’esthétique « J-horror »
(en fait, la Sorcière du film de Kropachyov et Yershov n’est pas si loin des
mythiques fantômes japonais aux longs cheveux). La convergence culturelle
est une raison à elle seule d’avoir sa curiosité piquée et je suis sûre que
Gogol heureux d’apprendre que son histoire ne faisait pas que traverser des
frontières, mais réussissait à pousser des limites également.
- Kier-La Janisse (translated by Emilie Christianson)
----------------------------
EVIL SPIRIT: VIY est présenté en première nord-américaine dimanche le 12
juillet à 19h00, et sera présenté de nouveau à 19h00 lundi le 13 juillet -
les deux projections auront lieu à la Salle JA de Sève.