11 juillet 2009 12:26:00
SWEET KARMA est une anomalie dans le cinéma canadien indépendant - c'est un film de vengeance féminine qui est brutal et actuel (il s'inspire de véritables histoires de cercles de trafic humain à Toronto qui furent infiltrés et fermés au cours des dernières années) et il est typiquement canadien (dans les moments plus doux, il y a même des références au hockey). Le tout se déroule à Toronto, et il est admirable que les auteurs, Hunt and Fler, aient cherché à combattre le stéréotype qui affirme que le Canada est le cousin propre de nos voisins du sud.
Le réalisateur/coscénariste, Andrew Hunt, le coscénariste/producteur James Fler et l'actrice Shera Bechard présenteront le film en personne le samedi 11 juillet a minuit (Salle JA de Seve), ainsi que lundi le 13 juillet a 2:30pm (Hall Theatre) .Ils ont été assez gentils pour parler avec nous de ce genre difficile et de la place que SWEET KARMA y occupe.
Plus de détails, bande-annonce, description, etc. à propos de SWEET KARMA sur la page ICI..
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Avez-vous vu plusieurs films de viol-vengeance en préparation pour ce film, et, si c'est le cas, quels furent les films qui vous ont marqué le plus?
Shera: Oui avec Andrew, j'ai regardé Ms. 45 et They Call Her One Eye, bien sûr. Nous avons aussi regardé des films comme The Limey, Mute Witness, et même Sweet & Lowdown de Woody Allen, à cause du personnage muet dans le film. Ils m'ont tous marqué d'une certaine façon, quoi faire et ne pas faire, mais je dirais que Ms. 45 a définitivement causé la plus grande réaction chez moi.
Andrew: Un de mes films préférés de tous les temps est The Limey de Soderbergh, alors c'est le film qui a eu le plus grand impact sur moi, même si ce n'est pas du tout un film de viol-vengeance. Ms. 45 était un de mes favoris étant jeune, mais en toute honnêteté, la décision de rendre Karma muette n'était pas basée sur ce film du tout. C'est seulement après que nous ayons créé le personnage de Karma que je me suis rappelé du film et que je l'ai revu. Après l'avoir vu, mon but est devenu de faire un film qui s'insère quelque part entre ces deux films.
Qui a pris la décision que le personnage soit muet ? Shera, avez-vous participez a la création du personnage?
Shera: C'était la décision d'Andrew qu'elle soit muette. Karma et moi sommes très similaires de plusieurs façons, alors on peut dire que j'ai aidé dans sa création en apportant des aspects de moi-même du mieux que je pouvais.
Andrew: Shera et moi vivons dans un endroit douteux de Toronto. Il y a un bloc particulièrement crade qui nous sépare du noyau du centre-ville. Un été, Shera a subi mauvaise expérience après mauvaise expérience. Elle ne pouvait passer un jour sans se faire abuser verbalement. Elle savait que nous voulions faire un film de revanche avec un protagoniste féminin, alors un jour, elle est arrivée a la maison, et un peu a la blague, m'a demandé si je pouvais en faire un film où elle pouvait battre des hommes agresseurs sexuels. Alors, c'est comme ça que le personnage de Karma est venu.
Puisque Shera est une personne silencieuse et timide, j'ai cru qu'il serait bien de pousser ceci à l'extrême et de rendre son personnage complètement muet. Aussi, puisque Shera possède des antécédents de modèle, elle était habituée de s'exprimer à la caméra sans parler, alors cela faisait du sens de la faire jouer dans son tout premier film sans qu'elle ait le besoin de parler.
Une fois que nous avons eu l'idée de base pour le personnage, James et moi avons commencé à explorer plusieurs idées d'histoire. J'ai vu un documentaire à la télé sur les esclaves sexuels au Canada et j'ai immédiatement su que ce serait le monde dans lequel notre film devait avoir lieu. Alors une fois que tout cela est arrivé, ce fut vraiment facile pour Shera de se mettre à la place de Karma. Shera a fait face a beaucoup de pertes personnelles et de sentiments de solitude dans sa propre vie, alors elle s'est inspirée de ces expériences pour jouer Karma.
Shera, pouvez-vous me parler de l'entraînement pour les scènes de bataille?
Shera: Environ un an avant le début du tournage, j'ai pris des cours d'arts martiaux de base, apprenant comment donner des coups de pied, des coups de poing et utiliser des armes simples comme un couteau ou un bâton. Quand le début du tournage s'est approché, je me suis rendu dans une allée de tir avec des fusils et j'ai appris des mouvements de combat avec un ex-soldat russe, juste pour que Karma soit plus authentique.
Considérant que vous n'avez jamais joué avant et que vous avez dit ne pas être intéressée de jouer à nouveau dans le futur, qu'est-ce qui, dans cette histoire, vous a poussée à vouloir participer en tant qu'actrice?
Shera: Je ne sais pas si je ne vais jamais jouer de nouveau. Ce n'est clairement pas quelque chose que je vais poursuivre activement, mais si un autre rôle intéressant se présentait et que j'étais faite pour ce rôle, qui sait? Je crois qu'il y a trop de films de nos jours qui glorifient la violence contre les femmes, alors le fait que ce film avait un personnage féminin fort qui se battait contre cette violence est vraiment ce qui m'a poussé à vouloir le faire.
Que fut la partie la plus difficile ou déplaisante de votre performance dans le film?
Shera: La partie la plus difficile fut d'être fâchée la plupart du temps. Même si c'est un personnage gentil et innocent, à cause de sa mission, elle a toujours de la rage qui bouille à l'intérieur. Alors, il a été difficile de faire cela 5 jours par semaine pendant un mois complet.
J'ai trouvé intéressant le fait que plusieurs des antagonistes soient des femmes, femmes qui étaient prêtes à vendre d'autres femmes comme esclaves pour le reste de leur vie. Pourquoi croyez-vous qu'une femme serait capable de faire ça à une autre?
Shera: Tout ça est lié à l'argent. C'est aussi simple que ça. L'argent peut inciter la plupart des gens à faire presque n'importe quoi. Quand il écrivait le scénario, Andrew lisait un livre de non-fiction, The Natashas, et c'était choquant de lire à propos des femmes qui étaient prêtes à tout et qui pouvaient traiter d'autres femmes comme du bétail pour faire de l'argent.
Andrew, pouvez-vous nous parler du processus de financement du film? Quel genre de réponses avez-vous eu quand vous approchiez des gens pour le financement?
Andrew: Pour être honnête, nous n'avons pas approché beaucoup de gens pour le financement du film. Nous étions plutôt inconnus - j'ai réalisé quelques pubs et vidéoclips avant ce film et c'était le premier long métrage que James et moi avons écrit, alors nous savions que les gens n'allaient pas se mettre en ligne pour nous donner de l'argent et que Téléfilm était hors de notre portée. Un producteur des États-Unis à qui nous avons parlé a aimé le script, mais il voulait des noms d'acteurs de série B avant qu'il investisse. Je crois que parfois, avoir des acteurs de série B peut nuire au film, alors nous avons décidé de le faire nous-mêmes au complet, pour avoir le contrôle créatif complet. Une fois que cette décision a été prise, James a encaissé des REER et j'ai mis une deuxième hypothèque sur ma maison et nous avons commencé à faire le film.
Pourquoi croyez-vous qu'il y a moins de ce type de films (films de genre laborieux) fait au Canada que dans les autres pays?
Andrew: J'ai toujours cru que le gouvernement ne devrait avoir aucun rôle dans le financement des films. Avec ce système, on se retrouve avec des films qui doivent faire face à certaines obligations sociales, morales et politiques. Il semble aussi y avoir un désir dans ce système de faire des films différents des films hollywoodiens typiques pour être culturellement distinct. C'est pourquoi il y a très peu de films de genre faits au Canada. Espérons que je ne suis pas trop optimiste, et que je ne vais pas mordre la main qui pourrait me nourrir un jour, en affirmant que j'espère ne jamais avoir à me fier sur le financement du gouvernement pour faire un film. Je ne veux surtout pas faire des concessions créatives pour avoir leur approbation.
Qu'est-ce que vous espérez faire avec SWEET KARMA en termes de distribution/diffusion?
Andrew: Nos attentes sont très réalistes pour cette tâche. Nous savons que ce ne sera jamais un «blockbuster» de l'été, mais nous espérons certainement pouvoir le diffuser sur le plus de territoires possible sur DVD et à la télé. Une sortie limitée dans des cinémas serait très bien, mais qui sait si ça va se produire. Ultimement, tu fais un film pour qu'il soit vu et apprécié par le plus de gens possible, alors nous allons faire de notre mieux pour que cela arrive.
Le viol-vengeance est l'un des genres les plus durs à supporter; dans les yeux du public, il se penche beaucoup du côté de l'exploitation. Mais s'il est bien fait, le viol-vengeance est un genre fortement féministe. Entre exploitation et féminisme, où croyez-vous que SWEET KARMA se retrouve?
Andrew: Mon but était de faire un film qui se plaçait parfaitement entre le film d'art et le «grindhouse», et je crois que j'ai réussi. Je me suis assuré que le film n'était pas trop d'exploitation. Rien dans le film n'a été fait seulement pour le faire, comme la nudité par exemple. Je ne me disais pas: «Ok, nous avons besoin de seins ici, alors ajoutons une fille nue. La nudité et la violence dans le film me semblent très naturelles : tu ne vois pas plus que ce que tu devrais voir. Il aurait été hypocrite de faire un film qui dénonce l'esclavage sexuel en essayant de montrer le plus de peau possible.
Pour ce qui est de film féministe, je crois que ce l'est d'un côté, mais non de l'autre. Fondamentalement, le film est à propos de la nature humaine. Oui, cette histoire traite de la perte de la soeur de Karma, mais je crois que Karma aurait fait la même chose si elle avait perdu son frère, même si les criminels n'étaient pas impliqués dans l'esclavage sexuel. Et si Karma était un homme, ce désir de vengeance aurait été le même. Mais le fait que nous avons fait le choix conscient d'avoir un protagoniste féminin fort dans un genre souvent dominé par les hommes, plus le fait qu'on traite d'esclavage sexuel amène le film dans un territoire féministe et je suis fier de cela.
Ultimement, nous voulions éviter de monter sur une scène et faire la morale : notre premier but était de faire un film divertissant. Mais si ce film fait réfléchir quelques hommes à propos de la dure réalité de l'industrie du sexe, alors nous avons fait notre travail.
- Kier-La Janisse (translation: Xavier Martel)