AMOUR VERITABLE: UNE ENTREVUE AVEC LE RÉALISATEUR DE MUST LOVE DEATH, ANDREAS SCHAPP

10 juillet 2009 13:23:00

MUST LOVE DEATH d’ Andreas Schaap ouvre la sélection 'Flirting with Chaos' de cette année, sélection qui peut se décrire comme une série de «comédies anti-romantiques» post-modernes d’à travers le monde. Cette série inclut aussi CRUSH AND BLUSH de Lee Kyoung-mi (Corée du Sud) ,l’épique LOVE EXPOSURE de Sion Sono (Japon), YOU MIGHT AS WELL LIVE de Simon Ennis (Canada) et SANS DESSEIN de Caroline Labrèche et Steeve Léonard (Canada).

MUST LOVE DEATH joue le vendredi 1o juillet à 7:00pm au Hall Theatre avec le réalisateur Andreas Schaap pour une séance de Q&R

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Comme nous le savons, l’Allemagne a créé le film d’horreur, mais depuis la fin de l’expressionnisme allemand, le genre semble avoir été ignoré (peut-être fut-il mis de côté délibérément) en faveur de comédies pince-sans-rire et du mélodrame d’avant garde. Il y a eu une certaine réémergence de l’horreur et du thriller durant la période de films de mystère d’Edgar Wallace lors des années 60. Par la suite, l’Allemagne a produit des films comme THE TENDERNESS OF THE WOLVES (1973) d’Ulli Lommel et le trop inconnu DER FAN (1982) d’Echardt Schmidt. Malgré cela, ces films ont tendance à se cacher dans le rang de film d’«art» plutôt que de film de genre.

Malgré tout, il y a très peu de réalisateurs de film d’horreur allemands connus. La plupart des films d’horreur restent «underground», financés et distribués indépendamment, et gagnent du renom pour leur côté spécialement horrible. Ces films qui se sont fait connaitre par le bouche-à-oreille et par des catalogues douteux où l’on peut commander les films par la poste (sans oublier les pages du magazine d’horreur allemand Splatting Image) incluant la fameuse série VIOLENT SHIT (1989-2003) d’Andreas Schnaas, le chef-d’oeuvre nécrophilique NEKROMANTIK (1987) et ses frères DER TODESKING (1990) et SCHRAMM (1993) de Jorg Buttergeit, ainsi que PREMUTOS (1997) et LEGION OF THE DEAD (qui fut joué à Fantasia en 2001) d’Olaf Ittenbach.

Ceci place Andreas Shaap, le réalisateur de MUST LOVE DEATH, dans un milieu plutôt étrange. Même s’il montre le même degré d’atrocités présent dans les films allemands, le film expose simultanément une histoire touchante d’un amour naissant entre 2 personnes qui ne l’ont pas eu facile en amour. Le film aborde intelligemment les problèmes de la célébrité et du spectacle, tout en donnant un spectacle au public. Bref, c’est un animal différent de tout ce que vous avez vu.

Comme Bruno S. dans STROSZEK (parlant de mélodrame d’avant-garde), Schaap est venu en Amérique et l’a vu à travers les yeux d’un Allemand optimiste; sa version de l’Amérique est comme un univers parallèle étrange où le New Jersey ressemble au Texas et où les chansons d’amour sont la trame de fond pour la torture la plus intense imaginable. Il à été assez gentil de répondre à quelques questions pour nous à propos de ce mélange unique de romance et d’horreur.

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Pourquoi décider que le film soit si américain? Quel fut le processus de filmer aux États-Unis vs. en Allemangne?

En Allemagne, le cinéma américain est très populaire. La plupart des cinémas montrent principalement des films d’Hollywood. Évidemment, j’ai grandi avec ces films et ils ont eu un grand impact sur moi, même si la plupart étaient doublés en allemand. De plus, l’idée principale de MUST LOVE DEATH était de jouer avec 2 genres non seulement différents, mais à première vue, aussi conflictuels: la comédie romantique et l’horreur «Splatter». Et puisqu’il n’y a pas beaucoup de films allemands qui peuvent être catégorisés parmi ces deux genres, j’ai décidé de jouer avec les éléments du film de genre américain.
Puisque MLD avait un petit budget, nous ne pouvions pas filmer aux États-Unis, alors on a dû filmer 99% du film en Allemagne, où nous avons tenté d’imiter l’Amérique le plus fidèlement possible. Un an après le tournage, le producteur, le directeur photo, l’actrice principale et moi, sommes allé à New York pendant 4 jours pour faire des «establishing shots» et des scènes de voiture. Évidemment, ce fut complètement différent du tournage en Allemagne, où l’équipe était beaucoup plus grosse et où nous avions beaucoup plus de matériel cinématographique. À New York, c'était presque comme filmer un documentaire avec une caméra, sans permissions et tout le reste. Malgré cela, ce fut très amusant.

Le film contient plusieurs aspects des films d’horreur ruraux du sud, mais les éléments habituels sont transformés : les «hillbillies» sont fans d’internet et de télé-réalité, le shérif lent est noir, la «campagne» est au New Jersey (même si les paroles de la chanson d’ouverture sont à propos du Texas). Est-ce que cette subversion de la culture américaine et de la géographie était délibérée?

Non. Ce n’était pas voulu. Le but principal du film n’était pas de faire un portrait de l’Amérique (même si le film en effectue définitivement un), mais de jouer avec 2 genres opposés. J’ai choisi New York comme endroit parce que pour moi, c’est l’endroit des comédies romantiques. Il n’y a pas d’autres villes dans le monde qui peuvent être identifiées à ce genre autant que New York. À part cela, les bois autour de la ville et dans le New Jersey semblaient pouvoir être associés à un autre cliché de film d’horreur. Les films que j’avais en tête, comme THE EVIL DEAD ou THE BLAIR WITCH PROJECT et plusieurs autres utilisent aussi les bois comme un lieu menaçant. Où le mal vit et attaque les gens qui y vont. Et pour moi, il semblait assez normal que des gens qualifiés de «white trash» vivent dans une petite cabine loin dans ces bois, comme ils le font dans WRONG TURN, par exemple. Finalement, j’ai vu selon mes expériences que les États-Unis sont un endroit où les gens laissent leur télévision ouverte toute la journée. C’est pourquoi j’ai conclu que les 2 frères étaient principalement influencés par ce qu’ils ont vu à la télévision. Leur manie de faire une émission de télé ou une forme de divertissement de tout ce qu’ils font semblait typiquement américaine à mes yeux.

Le film est difficile à classer à cause de ses changements drastiques de tons/d’émotions. C’est très touchant un moment et puis totalement misanthrope l’autre moment. Comment avez-vous appréhendé le mix de film de torture et de comédie romantique? Pouvez-vous élaborer sur le processus d’écriture?

Premièrement, j’apprécie beaucoup les deux genres. Mais, au début de l’écriture, je planifiais faire un film «splatter» beaucoup plus commun à propos d’un homme qui veut se tuer et qui rencontre d’autres gens pour se suicider. J’aimais quand même cette histoire, mais la première version semblait trop dure et il manquait le sens de l’humour que j’aime personnellement dans les films. Dans cette période, j’écoutais beaucoup de comédies romantiques avec mon ancienne copine qui ne pouvait regarder des films d’horreur. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de mélanger le «splatter» avec la comédie romantique, alors même ma copine voudrait peut-être le voir! Et quand j’ai commencé à travailler sur une deuxième version, il m’est devenu beaucoup plus clair que ces deux genres n’étaient pas totalement différents et qu’ils avaient beaucoup plus en commun que je croyais : évidement, l’horreur est vue comme une sorte de genre «masculin» alors que le public cible d’une comédie romantique est typiquement féminin. Les «splatters» sont sombres et montrent de la destruction physique, d’autre part, les comédies romantiques semblent joyeuses et traitent du sentiment d’amour. Un est centré sur l’histoire alors que l’autre est plus centré sur les personnages. Ceci ressemblait à une bataille : la mort dans les parties d’horreur contre l’amour immortel dans les comédies romantiques. Les deux genres essaient de visualiser les rêves de notre société, les cauchemars d’un côté et les grands rêves de l’autre. De plus, amour et mort, sexe et violence, «kiss-kiss, bang-bang» sont une combinaison qui non seulement fait partie de presque chaque genre de film, mais qui peut être aussi vue comme un moteur central de n’importe quel matériel dramatique. Et vu que le film d’horreur et la comédie romantique comprennent ces aspects comme aucun autre type le fait, la combinaison des 2 s’est avérée fonctionner mieux que je ne le croyais. À part cela, les deux sont qualifiés de «genre du corps» qui essaie d’évoquer une certaine réaction physique chez leur public : douleur et dégout d’un côté et rire et larmes de l’autre. La combinaison de douleur, dégout et humour a déjà fonctionné dans tant de comédie d’horreur, il ne me semblait pas si étrange de pouvoir placer la comédie romantique dans mon traitement de «splatter»
Les films d’horreur fonctionnent seulement avec un conflit de deux mondes opposés: des choses mauvaises et inattendues apparaissent dans une certaine réalité où elles sont illogiques ou inattendues, menaçantes ou choquantes. Alors, j’ai décidé d’utiliser la comédie romantique comme une sorte de réalité dans laquelle le mal pourrait apparaitre. J’ai donc utilisé la structure classique de n’importe quelle comédie romantique : le garçon rencontre, perd, et reconquit la fille. De cette façon le «splatter» devient plus ou moins un obstacle que mon protagoniste doit surmonter pour avoir accès à l’amour. Norman semblait être le personnage parfait pour les deux genres : il était faible et sans direction à sa vie, en recherche de l’amour d’une femme pour trouver sa place dans la société. D’un autre côté, il était assez faible pour être dans une situation où il est la «final girl» parfaite qui doit surmonter sa faiblesse pour combattre le mal.

Est-ce qu’il y a eu des films qui vous ont servi d’influence en terme de ces changements de tons dramatiques?

J’ai toujours été un fan de comédies d’horreurs grotesques, comme BRAINDEAD, SHAWN OF THE DEAD, ou plus récemment, SEVERANCE. Combiner mort et violence avec humour et rire est pour moi un changement de ton en soit. J’aime aussi le cinéma postmoderne autoréférentiel qui fait du film, du genre et de lui-même le sujet principal en utilisant certains symboles ou images qu’un public comprend seulement à cause d’autres films qu’ils ont regardés. Évidemment, Quentin Tarantino est le maître de cela. Il a écrit un de mes films favoris, TRUE ROMANCE, qui a été réalisé par Tony Scott. Ce film utilise aussi l’amour comme moteur central, mais confronte cet amour avec une sorte de violence de film de gangsters. Même s’il y a plusieurs films qui mélangent différents genres (come SOMETHING WILD de Jonathan Demme) je n’ai pas été capable de trouver un film qui tentait de combiner comédie romantique moderne avec l’horreur «splatter». Alors, pour MUST LOVE DEATH, les films de genre eux-mêmes ont eu l’influence la plus grande.

Comment Norman est-il si résistant? Peu importe ce que sa copine dit sur lui et son attitude défaitiste, il est comme un surhomme!

C’est vrai. Sean l’appelle même «L’incassable». Et c’est la promesse de toute bonne comédie romantique. L’amour est plus fort que la mort. Norman doit surmonter sa faiblesse. Il a à souffrir et à se battre pour l’amour. L’amour est une torture.

Peux-tu parler de la décision d’avoir une deuxième caméra «invisible» qui implique le public comme étant des spectateurs de l’émission «Torture or no Torture»?

C’est une idée que j’avais déjà utilisée dans un court-métrage et qui est souvent utilisée dans des films, comme FUNNY GAMES ou SCREAM. C’est ce que je voulais dire par auto-référentialité plus tôt. Le film se choisit lui-même comme étant un thème central. Cela montre au public que tout n’est qu’un jeu ou un film. Mais en même temps, cela démontre pour qui tout le spectacle de torture est fait: le public en soit.

'Torture or No Torture' n’est pas la seule émission dans le film - il y a aussi l’émission de science-fiction 'The Last Quaorarian' - qui semble être une blague personnelle, un «inside». Quelle fut la genèse de cette émission.

C’est très simple: J’aime juste les costumes drôles. Ceci m’a aussi aidé à montrer Foxx. C. Bigelow comme étant encore plus stupide. Je ne voulais pas que son personnage soit trop complexe. Tout le monde devrait savoir dès le début qu’il est un trou du cul et certainement pas le bon homme pour Jenny.

J’ai remarqué un «cameo» de Jorg Buttergeit. Comment s’est-il retrouvé dans le film? Voyez-vous ses films comme une influence?

Comme j’ai dit plus tôt, le film d’horreur n’est pas un genre très allemand. Il n’y a pas beaucoup de réalisateurs qui essaient de faire de l’horreur ou du «splatter» dans mon pays. Et ceux qui ont essayé ne sont pas récompensés avec du succès. Jorg Buttgereit et l’un de ces rares cinéastes d’horreur allemande (même s’il n’a pas fait de film depuis longtemps) qui a eu du succès, même international. Et même si je n’irais pas jusqu’à dire que je suis un grand fan de ses films, j’aime comment il les a faits. Il les a réalisés de la façon dont il voulait, malgré tout les doutes, critiques et barrières qui ont dû le confronter.

Vous avez fait précédemment des courts métrages sur des étrangers se rencontrant avec le plan de participer dans un jeu fatal, et un autre avec un personnage suicidaire - comment ces films ont-ils contribué au développement de MUST LOVE DEATH?

Ce qui est drôle, c’est que quelqu’un m'a récemment dit que dans MUST LOVE DEATH j’ai combiné tous les courts métrages que j’ai faits dans un seul long métrage. Peut-être que ce n’est pas complètement faux, même si ce n’est pas vrai. Du moins, je n’ai pas fait cela consciemment.

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