Description
Disons-le d’emblée,
BREATHLESS ne nous emmène pas à Disneyland, il nous conduit dans les ruelles de Séoul côtoyer la pauvreté et la violence qui se transmettent de génération en génération, les laissés pour compte, ceux regardés de haut par les « gens bien ». Le milieu où on décroche de ses études pour se trouver un travail ou devenir gangster, où se cachent les pires mécréants, mais aussi les êtres humains les plus exceptionnels… et parfois les deux combinés dans la même personne. Sang-hoon (Yang Ik-june), un homme de main à la solde d’un gangster de petite envergure (Jeong Man-shik), fait définitivement partie de la première catégorie. Il traîne un lourd passé qu’il exorcise en se faisant le plus antipathique, vulgaire et violent possible. Il distribue les injures et les coups de la façon la plus démocratique qui soit. Tout le monde y passe. Cependant, le jour où il croise Yeon-hee (Kim Kkobbi), une adolescente qui en a vu d’autres, quelque chose change en lui. Leur relation débute bien mal et lorsqu’il s’adresse à elle, c’est toujours le mot « salope » qui sort, mais il n’a plus la même portée. Peut-être que ces deux écorchés vifs s’aideront mutuellement à se sortir du bourbier dans lequel ils sont plongés. Dans la mesure où le bourbier les laissera s’échapper…
Parfois, on croise un film qui nous laisse la curieuse impression d’avoir été le témoin privilégié de quelque chose d’exceptionnel.
BREATHLESS est de ceux-là. C’est un film indépendant qui respecte profondément ses personnages et le spectateur. Il dépeint un sombre milieu sans sombrer dans le misérabilisme et la psychologie à cinq sous. Il s’y casse presque autant de gueules que dans
FIGHT CLUB, la violence et la rage y sont omniprésentes, mais cette surenchère vise à nous prendre aux tripes et non à choquer gratuitement. Yang Ik-june a de quoi bomber le torse, car il a écrit, réalisé et produit une première œuvre magistrale où, en plus, il incarne le plus anti de tous les antihéros coréens avec virtuosité, parvenant même à le rendre ultimement humain. Il est appuyé par une jeune actrice au sommet de son art en la personne de Kim Kkobbi qui insuffle toute la force et la dignité essentielles à la cinglante Yeon-hee. La réalisation de Yang est exceptionnelle et il utilise chaque aspect technique avec une justesse sidérante. On ne sait trop comment, mais même après avoir été témoin de tant d’infamie et de cruauté, on ressort avec un certain espoir. Ne serait-ce que pour cette unique raison, vous devez voir
BREATHLESS.
—Nicolas Archambault