Description
La femme esseulée d’un berger de rennes nomade demande au chaman du coin de l’ensorceler pour que son mari la considère trop irrésistible pour demeurer loin d’elle. L’ennui, c’est que le charme rend les autres hommes du village aveuglés par un désir viscéral envers elle. Question de compliquer encore plus la situation, la « potion d’amour » du sorcier entraîne un effet secondaire la transformant en un grand renne blanc redoutable. Chaque fois que des chasseurs solitaires repèrent la bête, ils arrêtent net dès que celle-ci se transforme en une magnifique et séduisante femme aux crocs acérés.
Comment faire un film effrayant impliquant un renne végétarien? Le réalisateur et directeur photo Erik Blomberg a habilement réussi à fusionner les légendes de vampires et de loups-garous pour créer une œuvre atmosphérique. Son travail hautement efficace et rythmé à la caméra et son style de réalisation sont parfaitement combinés à la trame sonore composée de musique tribale. Filmée dans les coins reclus de Finlande, l’histoire semble se dérouler à une époque intemporelle, et en dépit du fait que le récit paraît absurde sur papier, il fonctionne magnifiquement à l’écran. Le premier rôle féminin est campé par la singulièrement éblouissante Mirjami Kuosmanen, un sosie de Deborah Harry, chanteuse de Blondie. À un certain moment, elle panique frénétiquement au son des chasseurs qui aiguisent le métal froid de leurs lances dans une scène charnière d’une puissance comparable au climax de
M de Fritz Lang. Depuis des décennies, des cinéastes respectés tels que Terrence Malick, Terry Gilliam et Ken Russell ont exprimé le souhait de réaliser une nouvelle version de ce film, mais aucun n’a obtenu les droits. En 1990, une rumeur voulait qu’Isabella Rossellini y tienne le rôle principal.
Avant tout caméraman, le réalisateur Erik Blomberg a savamment composé des plans de la toundra finlandaise glacée évoquant la solitude, le mysticisme et l’imminente catastrophe, ainsi que des images si prenantes qu’elles vous habitent longtemps après le générique final, dont l’inquiétant cimetière de rennes semblable à une forêt tortueuse où les ramures percent la neige immaculée. Ce genre de scène est une partie de ce qui fait de
VALKOINEN PEURA le film d’horreur le plus acclamé dans son pays d’origine.
—Philippe Spurrell (traduction Nicolas Archambault)